Clavier français : une norme volontaire pour faciliter la saisie de tous les caractères

Clavier français : une norme volontaire pour faciliter la saisie de tous les caractères

La norme volontaire sur le clavier français

AFNOR publie la norme volontaire NF Z71‐300 qui propose une nouvelle disposition des caractères sur les touches d’un clavier d’ordinateur, dans le but de faciliter la saisie d’un texte en français, issue d’une langue régionale ou extrait d’une autre langue européenne à alphabet latin. Décryptage en 11 questions-réponses.

1. Qui a décidé qu’il fallait imaginer un nouveau clavier ?

Le ministère de la Culture, et plus précisément de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), a sollicité AFNOR en 2015, pour que soit engagé un projet de norme sur le clavier français. Chaque année, des milliers de représentants d’organismes (entreprises, associations de consommateurs, syndicats, ministères) s’engagent via AFNOR pour que des normes volontaires apportent des solutions à des problématiques propres à leur filière, à leur métier, à leurs produits.

2. Pourquoi faire évoluer les claviers que nous connaissons ?

Les modèles « azerty » actuels ne permettent pas d’écrire facilement des caractères accentués en majuscule, d’utiliser des « doubles chevrons », des deux ligatures du français que sont les « æ » (e dans l’a) et « œ » (e dans l’o) et leurs équivalents en capitales « Æ » et « Œ », pour ne citer que les plus récurrentes. La norme vise donc à permettre à l’utilisateur d’écrire plus facilement, sans devoir nécessairement utiliser des logiciels sous licence qui compensent ces failles.

Son objectif est d’améliorer l’ergonomie du clavier et de faciliter la saisie du français, des langues régionales et de l’ensemble des caractères des langues à alphabet latin présentes sur le continent européen (avec comme priorité les caractères usuels des grandes langues de communication en Europe telles que l’allemand, l’espagnol ou le portugais).

3. Que dit exactement la norme NF ZF1-300

Les membres de la commission de normalisation ont souhaité proposer deux modèles de claviers, qui offrent les mêmes possibilités d’écriture, tout en répondant à des usages différents. Le premier est un modèle d’azerty optimisé, en quelque sorte un clavier azerty 2.0. Les 26 lettres de l’alphabet et les chiffres ne changent pas de place par rapport aux principaux modèles « azerty » connus, contrairement à certains autres signes tels que certaines voyelles accentuées, l’arobase, la ponctuation, le dièse (hashtag), les symboles monétaires, les accolades…. Les évolutions sont donc faciles à intégrer pour les utilisateurs intéressés.

Clavier Azerty amélioré
Modèle de clavier "azerty" amélioré

Le deuxième modèle proposé par la norme, dit modèle « bépo », est quant à lui déjà connu par une communauté d’adeptes. Créé en 2003, ce modèle est référencé dans la norme volontaire dans une version optimisée qui permet, par les touches mortes, de saisir encore plus d’accents de langues européennes d’origine latine, ou les guillemets simples par exemple. Le modèle « bépo » est aujourd’hui reconnu comme proposant la disposition la plus ergonomique et efficace possible pour la saisie du français, d’autres langues européennes basées sur l’alphabet latin, mais aussi pour la programmation. Inspiré de la disposition Dvorak anglophone, « bépo » est disponible sous licence libre sur de nombreux systèmes d’exploitation.

Clavier Bépo
Modèle de clavier "bepo"
NB : l’illustration ne montre que les caractères visibles sur le clavier ; d’autres caractères sont disponibles avec des combinaisons de touches

4. Pourquoi la norme propose deux modèles de clavier : « azerty » amélioré et « bépo »

La commission de normalisation à l’origine de la norme volontaire a réuni des opinions très différentes sur l’opportunité de définir un nouveau modèle de clavier français. Il y avait à la fois une très forte demande pour ne rien changer et une demande contradictoire, tout aussi forte, pour tout changer.  C’est pourquoi les membres de la commission ont souhaité proposer ces deux modèles, qui offrent les mêmes possibilités d’écriture, tout en répondant à des usages différents. Les fabricants de claviers pourront donc choisir de proposer un modèle « azerty » amélioré et/ou un modèle « bépo ».

5. Quels bénéfices peut-on tirer de cette norme ?

L’objectif est de limiter les difficultés dactylographiques actuelles comme celles mentionnées dans la question 2 : usage des caractères accentués, en particulier des caractères accentués en majuscule, usage des « doubles chevrons »,’usage des deux ligatures du français que sont les « æ » (e dans l’a) et « œ » (e dans l’o) et leurs équivalents en capitales « Æ » et « Œ »… La norme a pour objectif de proposer des solutions pour faciliter l’écriture du français avec un clavier commercialisé en France.

6. Doit-on maintenant changer de clavier ? Les anciens claviers sont-ils obsolètes ?

Pas du tout. Les consommateurs peuvent bien heureusement conserver leurs claviers actuels s’ils le souhaitent. Ils sont toujours fonctionnels. Les consommateurs peuvent aussi acheter les nouveaux claviers optimisés selon la norme, s’ils souhaitent faciliter la saisie et l’écrit de la langue française, des langues régionales et langues latines.

7. Cette norme est-elle obligatoire ?

La norme sur le clavier français, comme 99% des normes d’origine volontaire, n’est absolument pas obligatoire. Elle n’oblige personne à quoi que ce soit. C’est un document d’application volontaire. Les fabricants de claviers peuvent décider de s’y conformer pour produire des nouveaux modèles de claviers si ce marché représente un intérêt pour leur développement. Les entreprises et les administrations peuvent néanmoins décider d’équiper leurs salariés ou leurs agents de claviers optimisés et donc faire de ce document une condition pour répondre à un appel d’offres.

8. Combien ça va me coûter si je change de clavier ?

Respecter la norme n’induit pas de coûts supplémentaires pour le fabricant, hormis ceux liés à l’adaptation de sa chaîne de fabrication pour graver les touches ou adapter le logiciel pilote. Si l’on observe les prix des claviers classiques, on peut présager que les claviers normalisés seront commercialisés dans la même fourchette de prix, soit entre 5 et 20 euros pour les modèles basiques.

9. Où est-ce que je peux trouver ces nouveaux claviers ?

La norme ayant été publiée début avril 2019, il faut laisser du temps aux fabricants de se l’approprier et de décider, ou non, de l’adopter puis de proposer de nouveaux claviers optimisés. Les consommateurs intéressés peuvent aussi prendre les devants et s’adresser aux constructeurs de claviers, ou aux fabricants d’ordinateurs, pour leur signaler leurs souhaits.

10. Comment et par qui a été élaborée cette norme ?

La norme NF Z71-300 a été écrite de manière collégiale, par les membres d’une commission dont la liste est publique. Fabricants de claviers, sociétés IT, associations, ministères… Cette commission, comme toutes les commissions AFNOR, était ouverte à toutes celles et ceux qui souhaitaient prendre part au projet. Les normes volontaires sont coécrites par les parties intéressées : ce sont les acteurs du marché qui les rédigent, et non AFNOR, dont le rôle est d’animer ce travail, dans le respect du consensus et de l’intérêt général.

Des scientifiques ont également été associés à ce projet : la disposition de clavier « azerty » optimisé a été conçue à partir de projections statistiques menées par des chercheurs en Interaction Homme-Machine (IHM) de l’université d’Aalto (Finlande), qui dispose d’une expertise reconnue dans l’optimisation des interfaces de saisie, notamment des claviers. Des chercheurs d’Inria Lille – Nord Europe, du Max Planck Institute for Informatics (Allemagne) et d’ETH Zurich (Suisse) ont aussi offert leur aide. Leur contribution a été de concevoir un système permettant d’évaluer et de concevoir des dispositions de clavier optimales, suivant des contraintes établies (et fréquemment ajustées) par les experts du comité de normalisation. Des machines ont calculé l’emplacement optimal des nouveaux caractères à ajouter, à partir d’immenses corpus de texte en français fournis notamment par ELRA (association européenne de ressources linguistiques.)

Les adeptes du modèle « bépo » ont quant à eux contribué au projet en partageant 15 années de retours d’expérience. La reprise dans la norme du modèle « bépo », optimisé à la toute marge dans le cadre du projet, est donc une reconnaissance de la validité des pratiques de saisie permises par ce type de clavier.

Une enquête publique a été réalisée en juin 2017 : le projet de norme volontaire a été rendu public et ouvert aux commentaires de tous. Plus de 3 000 commentaires ont été émis et pris en compte par la commission de normalisation. De nombreux débats ont eu lieu par médias interposés et sur les réseaux sociaux, autour du #clavierfrançais. Les nombreux commentaires reçus ont occasionné un surplus de travail important, entraînant plusieurs reports de publication du document final. Par conséquent, la publication n’a pu intervenir qu’une fois le consensus atteint entre tous les membres de la commission de normalisation.

11. Cette norme est-elle utile à l’heure des claviers virtuels ?

En effet, le développement rapide des terminaux mobiles et tactiles entraine un recours massif aux claviers dits « virtuels », c’est-à-dire qui n’ont pas d’existence physique mais peuvent être par exemple affichés sur un écran. La France porte d’ailleurs un projet de norme internationale sur les interfaces des claviers virtuels, dont une des recommandations serait de suivre, pour chaque pays, la disposition usuelle des claviers physiques des touches alphabétiques, quand cela est possible.

Néanmoins, les claviers virtuels sont loin de remplacer les claviers bureautiques « classiques » : dans le monde professionnel, la plupart des salariés des entreprises ou des agents de la fonction publique utilisent quotidiennement un ordinateur muni d’un clavier ; cette situation devrait peu évoluer dans les prochaines années. Cela est bien sûr très différent dans la sphère personnelle, où les appareils mobiles tendent à remplacer progressivement l’ordinateur domestique.



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