Alimentation en temps de crise : un mode opératoire à normaliser

Alimentation en temps de crise : un mode opératoire à normaliser

Les acteurs de l’alimentation de plusieurs pays vont travailler à la rédaction d’une norme volontaire en cas de crise. Le but ? Partager un mode opératoire commun pour maintenir la chaîne d’approvisionnement et répondre aux besoins des populations. Explications.

Qu’elles soient sanitaires, comme avec la Covid-19 et le confinement, ou bien économiques, suite à des catastrophes naturelles ou à de graves accidents comme au Liban en août 2020, les crises entraînent souvent la perturbation, voire la rupture totale de la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Avec des répercussions parfois mondiales. Mais si l’on a su s’organiser avant, en sachant quelles ficelles tirer pour rétablir les livraisons et mobiliser les services d’assistance aux plus démunis, la crise est moins douloureuse, et les dommages moindres.

« L’Argentine, prise de court lors de sa grave crise économique entre 1998 et 2002, a rassemblé il y a quelques années les acteurs concernés pour établir une norme volontaire nationale afin de surmonter d’éventuelles crises futures. Aujourd’hui, l’idée est de le faire à l’échelle internationale, au niveau de l’ISO », explique Sandrine Espeillac, qui supervise les travaux pour la France en tant que responsable du pôle Agro d’AFNOR Normalisation, avec l’aide de Samantha Gagnon, cheffe de projet.

Une norme pour faire face en cas de crise

Une quarantaine de pays de tous les continents ont approuvé le lancement d’un travail normatif sur ce sujet, et une quinzaine d’entre eux – pour l’instant – s’organisent actuellement pour réunir leurs acteurs nationaux au sein d’une commission spécifique. « Il s’agit de passer en revue, à froid, les actions permettant de maintenir le système d’approvisionnement alimentaire en place, de répondre aux besoins des populations et de gagner en résilience. Mettre à plat les logiques d’organisation et parler un langage commun, c’est la force de la normalisation volontaire. En partageant des expériences sur les alternatives de distribution et de gestion locale, sur la façon d’organiser l’assistance aux plus démunis pendant et après l’urgence, on pourra bâtir un texte qui permettra de faire face avec solidité en cas de situation critique », poursuit Sandrine Espeillac.

Des producteurs aux banques alimentaires

La future norme cible tous les membres de la chaîne agroalimentaire, y compris les structures caritatives : syndicats, agriculteurs, industriels, transformateurs, distributeurs, banques alimentaires, restaurateurs, transporteurs, livraison à domicile, circuits courts, e-commerce, etc. Pour Sandrine Espeillac, « il est essentiel que tout le monde soit représenté pour l’écrire, et notamment la grande distribution et les acteurs de l’aide alimentaire (Restos du cœur, etc.), qui n’ont pas encore identifié AFNOR ou l’ISO comme un pourvoyeur d’outils pouvant les aider à gérer les risques ».

La norme que tous ces acteurs coécriront se présentera comme un tutoriel, un mode d’emploi pour s’organiser en cas de crise, sous l’angle de la continuité d’activité, et venir en aide à ceux qui en souffrent le plus. À souligner, comme pour 99 % des normes, le caractère non-obligatoire du texte à venir : « On associe parfois la norme à l’univers de la contrainte et de la réglementation. Il n’en est rien : la démarche reste volontaire, et n’est pas imposée d’en haut : le texte est écrit par les professionnels eux-mêmes », rappelle Sandrine Espeillac.

Un texte attendu pour 2022

Le 24 juin 2020, AFNOR a organisé une web-conférence pour sensibiliser et fédérer les différents acteurs français concernés autour de ce projet. « Il s’agissait d’échanger et de monter une commission de normalisation française, sachant qu’il n’en existait aucune jusque-là », précise Sandrine Espeillac, qui peine encore à convaincre la grande distribution et les structures caritatives. Une fois la commission nationale en place, les allers-et-retours commenceront avec les différents pays participant au projet, AFNOR défendant la voix de la France. Le texte devrait être finalisé en 2022.

En savoir plus sur le projet : contactez Sandrine Espeillac ou bien Samantha Gagnon Martinez

© Getty Images/Andrew Merry



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